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Ouverture de la cicatrice après une abdominoplastie : pourquoi elle survient, comment la prévenir et comment la traiter
Une abdominoplastie laisse une longue cicatrice sous tension, sur une peau qui a été décollée et tendue. La plupart cicatrisent bien. Lorsqu'une partie de la plaie s'ouvre, il y a généralement une cause identifiable et, dans de nombreux cas, évitable. J'explique ici les principales causes, ce que je fais dans ma propre pratique pour réduire chaque risque, et comment une plaie d'abdominoplastie ouverte est traitée.
D'abord : est-ce urgent ?
Contactez votre chirurgien le jour même, ou rendez-vous aux urgences, si vous présentez l'un de ces signes :
- Fièvre, frissons ou sensation de malaise général
- Rougeur ou gonflement qui s'étend
- Douleur qui s'aggrave au lieu de diminuer
- Peau grise, foncée ou avec des cloques autour de la cicatrice
- Gonflement soudain ou zone tendue et ecchymotique d'un côté
- Écoulement malodorant ou de plus en plus abondant
À quoi ressemble une ouverture de plaie
Les chirurgiens parlent de déhiscence de la plaie. Elle commence le plus souvent par un petit écartement au centre de la cicatrice, juste au-dessus du pubis, ou à la jonction des cicatrices verticale et horizontale. C'est là que la tension cutanée est la plus forte et que la vascularisation est la plus éloignée de sa source. Vous pouvez voir une croûte qui se soulève, une ouverture avec un tissu jaunâtre, ou un liquide clair ou trouble. Les petites ouvertures peuvent bien cicatriser avec des soins adaptés. Les plus grandes nécessitent l'avis d'un spécialiste.
Sept causes, et comment je réduis chaque risque
D'après plus de trente ans de pratique chirurgicale et la littérature publiée, voici les facteurs que je rencontre le plus souvent derrière les plaies d'abdominoplastie qui s'ouvrent, et ce que je fais pour chacun dans ma pratique.
1. Saignement et hématome
Une collection de sang sous la peau (hématome) augmente la pression sous le lambeau, étire la plaie et réduit l'apport sanguin aux berges cutanées. Elle peut aussi s'infecter.
Mon approche : j'utilise une technique d'infiltration stratifiée. Avant la dissection, une solution d'infiltration standardisée contenant un vasoconstricteur dilué est injectée couche par couche dans les tissus. Elle resserre les petits vaisseaux, offre un champ opératoire plus net et réduit le saignement. Elle s'accompagne d'un contrôle minutieux de l'hémostase avant la fermeture. Avant l'intervention, les patients sont informés des médicaments et compléments à suspendre, uniquement sur avis médical.
2. Durée opératoire prolongée
Les études montrent que le risque de complications en chirurgie plastique augmente avec la durée opératoire1, et que l'association de plusieurs interventions à une abdominoplastie accroît ce risque2.
Mon approche : chaque intervention est planifiée en détail à l'avance, avec une séquence d'étapes définie et une équipe expérimentée de chirurgiens assistants et d'infirmiers. L'opération reste efficace sans précipitation. Lorsque l'association de plusieurs gestes rendrait l'intervention trop longue, je recommande de les réaliser en plusieurs temps.
3. Résection cutanée excessive
Si l'on retire trop de peau, la plaie est refermée sous tension. La tension comprime les petits vaisseaux des berges, et la cicatrice risque davantage de s'ouvrir, surtout au centre.
Mon approche : une estimation rigoureuse avant l'intervention, avec un marquage en position debout et allongée et un test de pincement pour évaluer la quantité de peau pouvant être retirée en toute sécurité. Pendant l'intervention, la résection prévue est vérifiée, le patient installé en position de fermeture, avant l'incision définitive, afin que la peau se referme sans tension.
4. Vascularisation cutanée compromise
La peau de l'abdomen est nourrie par de petits vaisseaux (perforantes) issus des muscles, en particulier autour du nombril3. Le décollement large traditionnel sectionne nombre de ces vaisseaux, et la peau inférieure doit alors survivre avec un apport sanguin réduit. La lipoabdominoplastie, qui limite le décollement et préserve les perforantes, a été développée pour protéger cette vascularisation4. La préservation de la couche graisseuse profonde au-dessus du muscle (fascia de Scarpa) réduit les collections liquidiennes (sérome)5.
Mon approche : je l'appelle l'abdominoplastie préservatrice. Fondée sur une connaissance précise de l'anatomie abdominale, elle vise à préserver le plus grand nombre possible de perforantes vasculaires, de canaux lymphatiques et de nerfs cutanés. Une vascularisation mieux préservée favorise la cicatrisation. Les lymphatiques préservés aident à limiter les accumulations de liquide, et les nerfs préservés à conserver la sensibilité de la peau.
5. Brûlures liées aux dispositifs à énergie
La liposuccion assistée par ultrasons (UAL), les dispositifs à plasma comme Renuvion et le bistouri électrique produisent tous de la chaleur. Mal placés, mal réglés ou utilisés trop près d'une peau fine, ils peuvent provoquer une lésion thermique qui n'apparaît que quelques jours plus tard sous forme de nécrose cutanée. En 2022, la FDA américaine a mis en garde contre l'utilisation du système Renuvion/J-Plasma pour des procédures esthétiques cutanées pour lesquelles il n'était pas autorisé ; certaines indications précises ont été autorisées par la suite6. Une étude randomisée a montré davantage de séromes lorsque le lambeau d'abdominoplastie était décollé au bistouri électrique plutôt qu'au scalpel7.
Mon approche : les dispositifs à énergie ne sont utilisés que lorsqu'ils apportent un bénéfice clair, avec des réglages maîtrisés et une protection de la peau et du lambeau, et jamais en remplacement d'une technique chirurgicale précise.
6. Fils et technique de suture
La peau ne doit pas supporter seule la tension de la fermeture. Lorsque les plans profonds ne sont pas bien réparés, la tension se reporte sur les berges cutanées.
Mon approche : une fermeture plan par plan, la couche conjonctive profonde supportant la tension, afin que les berges cutanées se rejoignent sans contrainte. Des points de capitonnage, ou sutures à tension progressive, fixent le lambeau aux tissus profonds, répartissent la tension et ferment l'espace où le liquide s'accumule8. Le fil est choisi pour chaque plan selon la résistance et la durée de cicatrisation nécessaires.
7. Pansements et suivi
Un pansement ou une gaine trop serrés peuvent réduire l'apport sanguin au lambeau, tandis qu'un maintien trop lâche laisse le liquide s'accumuler. Un problème détecté tôt est bien plus facile à traiter.
Mon approche : des pansements posés avec soin, une gaine de compression bien ajustée et des conseils de positionnement pour les premiers jours. Chaque patient suit un calendrier de suivi fixe : 24 heures, 3 jours, 7 jours, 2 semaines, 1 mois, 3 mois, 6 mois et 1 an après l'intervention. Entre ces visites, mon équipe reste disponible à tout moment en cas d'urgence, afin de détecter tout problème le plus tôt possible. Si je constate des signes tels qu'une croûte cutanée ou une cytostéatonécrose (nécrose graisseuse) le long de la cicatrice, j'applique un pansement à pression négative (VAC) sur la plaie. En chirurgie abdominale, les études associent la pression négative sur incision fermée à moins de complications de cicatrisation, notamment de déhiscence9.
Vos propres facteurs de risque
Une partie du risque dépend du patient et non de l'intervention, et elle peut en grande partie être réduite avant l'opération :
- Le tabac et la nicotine (y compris cigarette électronique et patchs) augmentent nettement les problèmes de cicatrisation après abdominoplastie10. Arrêtez suffisamment tôt avant l'intervention et ne reprenez pas pendant la cicatrisation.
- Le diabète doit être bien équilibré avant et après l'intervention.
- Un poids élevé et une perte de poids importante récente augmentent le risque2.
- Des cicatrices abdominales antérieures peuvent modifier la vascularisation et nécessitent une planification attentive.
Si votre plaie d'abdominoplastie s'est déjà ouverte
Que vous ayez été opéré(e) à Dubaï ou à l'étranger, notre équipe au Dubai London Hospital peut l'évaluer. Le traitement dépend de la taille, de la profondeur et de la cause de la plaie, et peut comprendre :
- La recherche d'une infection, d'une collection de liquide ou d'un hématome, avec prélèvements et examens si nécessaire
- Le nettoyage de la plaie et l'ablation des tissus morts (débridement)
- La thérapie par pression négative (VAC) pour nettoyer la plaie et favoriser la cicatrisation
- La fermeture à l'aide de la peau voisine, avancée en douceur grâce à des sutures d'ancrage et au VAC, plutôt qu'une greffe de peau, lorsque la plaie s'y prête
- Le traitement de la cicatrice une fois la plaie refermée
Découvrez comment cette approche a été utilisée pour de larges plaies après un lifting des bras et des cuisses dans nos cas cliniques.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Gardez la plaie couverte d'un pansement propre et n'appliquez ni remèdes maison ni crèmes
- Prenez une photo nette chaque jour, sous le même éclairage
- Rassemblez votre compte rendu opératoire et la liste de vos médicaments, surtout si vous avez été opéré(e) à l'étranger
- Contactez votre chirurgien, ou envoyez-nous une photo pour avis
Envoyez une photo et une brève description, notre équipe vous conseillera sur la marche à suivre.
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Références
- Hardy KL, Davis KE, Constantine RS, et al. The impact of operative time on complications after plastic surgery: a multivariate regression analysis of 1753 cases. Aesthet Surg J. 2014;34(4):614-622.
- Winocour J, Gupta V, Ramirez JR, et al. Abdominoplasty: risk factors, complication rates, and safety of combined procedures. Plast Reconstr Surg. 2015;136(5):597e-606e.
- Huger WE Jr. The anatomic rationale for abdominal lipectomy. Am Surg. 1979;45(9):612-617.
- Saldanha OR, Federico R, Daher PF, et al. Lipoabdominoplasty. Plast Reconstr Surg. 2009;124(3):934-942.
- Costa-Ferreira A, Rebelo M, Vásconez LO, Amarante J. Scarpa fascia preservation during abdominoplasty: randomized clinical study of efficacy and safety. Plast Reconstr Surg. 2013;131(3):644-651.
- US Food and Drug Administration. Update: use of Renuvion/J-Plasma device for certain aesthetic procedures. FDA Safety Communication, 2022–2023.
- Marsh DJ, Fox A, Grobbelaar AO, Chana JS. Abdominoplasty and seroma: a prospective randomised study comparing scalpel and handheld electrocautery dissection. J Plast Reconstr Aesthet Surg. 2015;68(2):192-196.
- Pollock H, Pollock T. Progressive tension sutures: a technique to reduce local complications in abdominoplasty. Plast Reconstr Surg. 2000;105(7):2583-2586.
- Mantyh C, Silverman R, Collinsworth A, et al. Closed incision negative pressure therapy versus standard of care over closed abdominal incisions: a systematic review and meta-analysis. Eplasty. 2024;24:e33.
- Manassa EH, Hertl CH, Olbrisch RR. Wound healing problems in smokers and nonsmokers after 132 abdominoplasties. Plast Reconstr Surg. 2003;111(6):2082-2087.
À lire aussi (en anglais)
Cet article fournit des informations générales et ne remplace pas un avis médical. Les décisions de traitement ne sont prises qu'après un examen en personne. En cas d'urgence, rendez-vous au service d'urgences le plus proche.